La Maison de ventes aux enchères TAJAN, assistée du Cabinet de BAYSER, Expert en dessins, a le privilège de vous annoncer la découverte d’une oeuvre exceptionnelle de Léonard de Vinci représentant le martyre de Saint Sébastien.

Parmi plusieurs dessins conservés par une famille française, TAJAN et le Cabinet de BAYSER ont eu la grande émotion de découvrir une étude de Leonard de Vinci figurant Saint Sébastien.

Au recto, cette oeuvre graphique sur papier à la plume et encre brune présente le martyre de Saint Sébastien attaché à un arbre; il y fut transpercé de flèches sur ordre de Dioclétien pour avoir exhorté des amis à rester fidèles à leur foi.
Au verso, figurent deux schémas scientifiques, l’un sur les ombres portées d’une bougie et l’autre sur l’effet des rayons lumineux et ombreux derrière un obstacle. Deux annotations fragmentaires, autographes et spéculaires, en distiques caractéristiques de Léonard de Vinci complètent ces schémas.

 

 

Le Codex Atlanticus, dans lequel Léonard de Vinci a dressé la liste des oeuvres en sa possession, mentionne « 8 sa(n) Bastiani ».

Deux étaient à ce jour identifiés :
- une étude au crayon noir (14,8 x 5,4 cm) conservée au musée Bonnat à Bayonne,
- une étude à la plume et encre brune sur pointe de métal (17,4 x 6,3 cm), provenant de la collection Robert-Dumesnil et conservée au Kunsthalle de Hambourg.


Ce troisième dessin que l’on peut dater des années 1480 est de loin le plus abouti des ébauches maintenant connues. Il atteint un paroxysme d’agitation et permet d’imaginer la peinture à laquelle ce projet aurait pu donner lieu mais qui n’a probablement jamais été réalisée par Leonard lui-même.

Le Docteur Carmen C. Bambach, Conservatrice du Département des Dessins et Estampes au Metropolitan Museum de New-York, spécialiste de l’oeuvre de Léonard de Vinci, commente cette exceptionnelle découverte : “ (..) Il s’agit d’une découverte passionnante; une authentique feuille recto-verso de Léonard de Vinci (1452-1519) : au recto, la représentation en pied du martyr Saint Sébastien ligoté à un arbre dans un paysage, au verso des notes et des diagrammes relatifs à l’ombre et la lumière, dans le cadre de l’étude de Leonard sur l’optique.

Datation probable du dessin
Selon Carmen C. Bambach, le dessin de Hambourg date de la fin de la première période florentine de l’artiste, vers 1478 - 1483. On peut dater notre dessin de la même période. Les schémas au verso pourraient être postérieurs mais ils semblent être des idées préliminaires éparses, dessinées sans l’aide d’une mise au point précise comme dans le manuscrit C, commencé le 23 avril 1490, où Léonard trace parfois les schémas à l’aide d’un compas muni d’une pointe métallique, sur laquelle il repasse ensuite à la plume et encre brune. Le style graphique rappelle les études préparatoires pour l’Adoration des Mages datables de la même période. On peut d’ailleurs rapprocher la pose de ce Saint Sébastien d’une étude de figure en rapport avec la figure perchée en haut de l’escalier sur les ruines de l’édifice derrière l’adoration, sur une feuille d’études conservée à l’Ecole des Beaux-Arts.


Thème iconographique
Né en Narbonne en Gaule, élevé d’après Saint Ambroise à Milan, Sébastien était centurion sous le règne de l’empereur Dioclétien. Dénoncé pour avoir exhorté des amis à rester fermes dans leur foi, il fut attaché, sur ordre de Dioclétien, à un poteau et transpercé de flèches par les archers. Il fut laissé pour mort. Sainte Irène, voulant enlever son corps pour l’enterrer, s’aperçut qu’il vivait encore et lui sauva la vie par ses soins. Après sa guérison, il reparut devant Dioclétien pour lui reprocher sa cruauté envers les chrétiens. Il fut flagellé, assommé dans le cirque et son cadavre fut jeté dans l’égout de la Cloaca maxima. Saint Sébastien était considéré comme le troisième patron de Rome après Saint Pierre et Saint Paul. Ses reliques étaient déposées
à Saint-Sébastien-hors-les-murs. Les flèches, instrument de son supplice, lui valurent le patronage des archers et arbalétriers, les tapissiers et les ferrailleurs. Au Moyen-âge, il devint le premier des saints « anti pesteux ».
D’après une antique croyance, le peuple se représentait la peste comme inoculée par les traits d’un dieu irrité.
Saint Sébastien ayant échappé à la mort par ce moyen aurait le pouvoir d’immuniser ceux qui l’invoquent. Son culte était très répandu jusqu’au XVIIe puis il doit faire face à la concurrence d’autres saints anti pesteux qui ont l’avantage sur lui d’avoir réellement soigné des malades (Saint Roch, Saint Charles Borromée). Les homosexuels, séduits par sa nudité d’éphèbe apollinien, en firent aussi leur patron. Léonard, qui était homosexuel,
ne pouvait qu’être attiré par la légende de ce saint à la fois beau, courageux et croyant. Néanmoins Leonard ne s’attache pas à la beauté charnelle mais au combat spirituel qui anime la figure du saint.

Trésor national
la maison Tajan a contacté le musée du Louvre afin d'obtenir un certificat de libre circulation et fin octobre, trois de ses conservateurs sont venus examiner l’œuvre : Xavier Salmon, conservateur en chef du département des arts graphiques et Dominique Cordellier, spécialiste des dessins français et italiens de la Renaissance et Louis Frank, spécialise des dessins d’architecture et de l’école italienne du XVIe siècle.

Puis le Louvre a emprunté la feuille afin de la faire étudier par le Centre de recherches des musées de France (C2RMF) dont les analyses sont restées confidentielles. Mais il faut croire qu’elles ont confirmé l’intuition des premiers experts car le 28 décembre 2016 un arrêté du ministère de la Culture est paru au Journal officiel refusant le certificat d’exportation de l’œuvre, classée « Trésor national », suivant l’avis de la commission des trésors nationaux réunie le 5 décembre.

Interdiction de sortie de France et déduction fiscale pour le mécénat

Ce classement a deux conséquences directes. La première est d’interdire la sortie de l’œuvre du territoire français pour une durée de 30 mois, le temps pour les musées intéressés – Louvre en tête – d’étudier l’œuvre de manière plus approfondie puis, avec l’accord de l’État, de tenter éventuellement de réunir la somme nécessaire à l’acquisition de ce dessin de Léonard. Si aucune offre n’est intervenue, passé ce délai, la maison Tajan sera alors libre de le vendre à l’étranger.

Le deuxième effet du classement en « trésor national » est de permettre à d’éventuels mécènes son acquisition.

Lire l'article du New York Times