Tajan débute l’automne 2017 en retournant à Cluj, ville roumaine désormais mythique, devenue célèbre ces dix dernières années par l’émergence de nombreux jeunes talents. Pionniers dans la découverte et la promotion de « Cluj », nous sommes ravis de présenter en septembre deux talentueux jeunes artistes : Robert Fekete et Sergiu Toma. 

Au travers du thème « Light Hunters », séduisant et exigeant, Robert Feteke et Sergiu Toma expriment avec force leur talent et leur créativité, tout en se distinguant clairement de leurs compatriotes respectés tels que Adrian Ghenie, Victor Man ou Mircea Suciu. Ils mélangent avec subtilité histoire et tradition picturale avec des éléments pop, novateurs et follement électrisants, évoquant le rythme et la confusion de notre quotidien. 

 

ROBERT FEKETE

Ce nouvel ensemble d’oeuvres réalisé pour l’exposition “Light Hunters” témoigne de l’évolution picturale de l’artiste roumain Robert Fekete. Les images sont désormais fragmentées à travers des couleurs électriques, audacieuses, et les personnages sont représentés de face et non plus de dos. La préparation de chaque peinture est très méticuleuse. Les sources de l’artiste mélangent les photos qu’il prend de ses amis ou d’objets marquants avec celles tirées de magazines de mode ou de films. Il les imprime et réalise des collages, définissant souvent les couleurs à l’ordinateur avec des contrastes inédits et surprenants. Les découpes - personnages, paysages ou objets – sont arrangées en un ingénieux mélange, mystérieux et ambigu. L’artiste va tester ses collages un mois durant pour en vérifier la force conceptuelle et s’assurer de leur impact. C’est seulement alors qu’il commence à peindre. La peinture de Fekete n’est pas dogmatique ; son approche est assez libre et le mouvement du pinceau spontané ce qui procure à l’observateur un certain enchantement. Cet enchantement est amplifié par la lumière qui, dans chaque fragment, surgit de différentes directions : lumière du soir ou lumière du matin, elle jaillit de la droite et touche le personnage à gauche. Les images qui en résultent ne sont pas statiques, un processus sans fin se déploie devant le spectateur. Fekete nous offre un suspens visuel et mental où tout est possible.


Les différents motifs picturaux se répètent d’une toile à l’autre. Le soleil dont les rayons sont courbés et sculptés derrière une montagne dans “The Turquoise Sun” apparaît dans “I came with the Sun 2” en un détail stylisé pouvant évoquer certains coquillages tropicaux. Ce même soleil, cette fois esquissé, est à nouveau présent dans “Between the Broken Sun” comme élément ornemental structurant la composition. Le disque entouré d’un anneau blanc peut être le motif pop d’un t-shirt (“My Way is the Highway”) ou bien le phare d’une motocyclette (“I Could Ride Forever”). Le même motif se retrouve comme symbole énigmatique dans “Not Dark Yet” en deux anneaux bleus concentriques sur fond noir. Dans “I Could Ride Forever”, une partie du guidon n’a pas été peinte, cependant la main du personnage semble s’y appuyer. Chez Fekete, tout semble pouvoir être, mais tout semble aussi pouvoir se dissoudre. Le matériel est immatériel. Le langage de la réalité peut se réécrire en permanence. L’idée de voyage et de déplacement est la plus nette innovation dans son travail. L’utilisation d’un vélo, moto ou scooter, permet de pénétrer le paysage et de découvrir ses mystères et possibilités. Le personnage glisse sans effort à travers les fragments confus des paysages, alternant entre rêve et réalité. Les personnages de Robert Fekete, qui ont jusqu’ici toujours offert le dos au spectateur, montrent pour la première fois leurs visages, comme si la multiplicité des fragments qui les entoure les faisait se tourner vers nous. Les coups de pinceaux sont continus, construisant et encerclant les personnages dans un perpétuel glissement en et hors de la réalité.


Par Jacopo RICCIARDI

 

SERGIU TOMA

Bien qu’elle se nourrisse de réalité visible, la peinture de Sergiu Toma est toujours imprégnée de secrets et d’enchantements. Parfois, un silence mystérieux s’abat sur ses tableaux, d’autres fois, ce sont des visions oniriques semblant plus vraies que nature. Magie et réalité quotidienne coexistent sur ses toiles comme si rien ne pouvait être plus évident. Ses précédents travaux témoignaient de longues années d’enfermement dans un espace mental, un profond souvenir d’une chambre d’enfant. Dans ces scènes d’intérieur, lui et sa famille semblent attendre, dans un rêve éveillé, l’arrivée de mystérieux visiteurs inconnus, l’espoir d’une rédemption mais surtout un appel : « Réveille-toi, lève-toi et va ! Sors de cette vie apathique, dépasse les limites de ton esprit, laisse derrière toi les souvenirs raidis par le temps, rejette le poids des objets et pars pour un voyage dans ta conscience ! Quitte ton monde étriqué, rigide et dominé par le matériel, ce monde dans lequel même l’air violacé peut à tout moment entrer en décomposition ! ». Soudain, Sergiu se lève, laissant son ancien monde derrière lui. Ivre de l’éclat polaire de la lumière nordique, il porte la marque de l’élu (un scintillement sur son blouson tel la tache blanche dans la chevelure de Stalker) alors qu’il s’avance vers le magnétique éclat (The Vision). Est-ce un appel cosmique vers un chemin de lumière pour un pèlerinage ou tout simplement un enchantement visuel, une symphonie de couleurs ? Il se pourrait bien que lui-même n’en sache encore rien. L’aurore boréale ensorcelle déjà son amie (Time Space) et nous appelle vers ces merveilles célestes reflétées sur ses lunettes de soleil (Speed of Light).


Les nouvelles oeuvres de Sergiu Toma ne sont plus l’expression compulsive d’un esprit troublé par les détails mais un saut vers une fluidité chromatique. Sergiu, tel un voyageur des mondes et des esprits, muni d’une canne et d’un chien guide d’aveugles, s’embarque avec assurance dans une quête sinueuse à travers des espaces miraculeux et imaginaires. Flottant presque au-dessus du paysage, enjambant les spirales du destin, il arpente les pistes mentales aux couleurs sirupeuses des montagnes de massepain (Full Moon in Peru). Son passage est marqué par une danse nuptiale unissant l’inaltérable ordre astral, une douce bénédiction du monde spirituel et du ciel hyperboréal (Self Portrait with Aurora Borealis). Il est poussé par la crainte et le désir ; renaissance et renouveau sont ses sources (Walk with me). Dans son oeuvre The Visitors, nous voyons les membres d’une mystérieuse expédition s’engager sur les anneaux qui cernent les bois sombres du subconscient, les menant sur des trajectoires pré ordonnées. Cela fait de leur expédition une quête misérable, une marche autistique résignée. Ils errent péniblement sur les sentiers du sort, face à un vent existentiel, portant des masques auto-aveuglants, et traînant leur fardeau derrière eux...

Par Géza DABÓCZI

 

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Light Hunters / 22 - 29 Septembre 2017  -  37, rue des Mathurins 75008 Paris  -  Vernissage Jeudi 21 Septembre