« I saw the first Picassos and it gave me a definition of of structure in the world and every object in the world. Without Picasso giving us the cube I would not have freed myself for my own work. […] So Picasso changed our thinking and he gave us structure. Of course when you realize that, you can vary it. But that is your foundation.”  Louise Nevelson


Louise Nevelson est une véritable pionnière dans l’art de l’installation du XXe siècle. Des cultures primitives aux données du cubisme et de celles des ready-made de Marcel Duchamp, elle a puisé dans un large éventail de traditions et de pratiques artistiques pour jeter les bases d’un art singulier, où ses sculptures, constituées de débris d’objets intégrés dans un cadre géométrique ne laissant pas de place au hasard, conjuguent austérité rigoureuse et entassement baroque. 
Née à Kiev, elle arrive à l’âge de six ans aux États-Unis, à Rockland, petite ville austère du Maine. Son intérêt pour la sculpture se développe à un âge précoce alors qu’elle s’amuse avec les restes de bois trouvés dans l’atelier de son père. Après avoir épousé Charles Nevelson, dont elle portera le nom, Louise Berliawsky le suit à New York en 1920 où elle affirme sa vocation en étudiant le théâtre et le chant avant de fréquenter l’Art Students League. En 1931, elle quitte un temps New York pour suivre les cours du célèbre professeur Hans Hofmann à Munich puis, de retour aux États-Unis en 1932, elle travaille dans l’atelier de Diego Rivera et commence à participer à plusieurs expositions de groupe. Si sa première exposition personnelle lui est consacrée en 1941 par la Nierendorf Gallery, c’est en 1959 qu’un véritable tournant s’opère lorsque ses sculptures en bois monochromes sont présentées dans l’exposition Sixteen Americans au Museum of Modern Art aux côtés notamment de Jasper Johns, Ellsworth Kelly, Robert Rauschenberg ou encore Franck Stella. Elle est alors acclamée par la critique et saluée pour avoir développé un nouveau mode sculptural. 


C’est précisément cette année-là que Nevelson commence à expérimenter la couleur or et qu’elle réalise The Bird Cage. Si l’on ne connaît pas le sens véritable de cette œuvre, certaines pourraient y voir une référence à la chanson A Bird in a Gilded Cage, composée par Arthur J. Lamb et Harry Von Tilzer. En effet, son mariage avec Charles Nevelson, riche homme d’affaires, avait peut-être été un moyen pour elle d’échapper à la petite ville du Maine mais s’était finalement révélé malheureux, sa belle-famille n’acceptant pas la vie d’artiste à laquelle elle aspirait. The Bird Cage agirait ainsi comme un écho au refrain de la chanson « And her beauty was sold for an old man’s gold, She’s a bird in a gilded cage. » Véritable rupture avec sa palette habituelle, noire ou blanche, Nevelson reconnaît dans la couleur or une résonance religieuse ainsi qu’une connexion naturelle et spirituelle au soleil. Pouvant aussi représenter la royauté et la prospérité, cette couleur lui remémore la promesse qui lui avait été faite enfant, arrivant en Amérique, que les rues « seraient pavées d’or », une idée qui ne l’a jamais quittée. The Bird Cage exprimerait-elle ainsi le long chemin parcouru par l’artiste jusqu’à sa reconnaissance en 1959 à l’aube de ses soixante ans ? 

Sans connaître donc sa véritable signification, il semble que Nevelson ait eu un attachement particulier pour cette pièce puisqu’elle l’a conservée quelques années dans sa collection personnelle avant de la remettre à l’un de ses assistants, elle qui avait l’art d’envelopper ses œuvres de mysticisme et l’audace de ne créer, disait-elle, que pour elle-même.

 

LOT 15. LOUISE NEVELSON (1899-1988), The Bird Cage, 1959 - Bois peint - 55 x 35 x 31 cm  > VOIR LE LOT