Le peintre vietnamien Mai Trung Thu (1906-1980), de son nom d’artiste Mai-Thu, s’est fait le chantre des évocations tendres du monde joyeux de l’enfance et des activités domestiques des femmes dans un Vietnam intemporel. Finement tracé à la gouache sur pongé de soie, un tissu de soie léger d’ordinaire utilisé dans l’habillement, son œuvre fut largement diffusé par la reproduction et sa collaboration avec l’UNICEF. Cinéaste et photographe amateur, Mai-Thu est aussi un joueur accompli de doc-huyen, un instrument de musique monocorde typique du Vietnam. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’il mit régulièrement en scène des instrumentistes dans ses compositions.

Dans un espace vert orangé qui confond le plan horizontal du sol et le plan vertical du fond, Mai-Thu campe deux jeunes beautés languides. L’une, vêtue de la robe traditionnelle vietnamienne bleu doublé d’orange, arrange des fleurs sauvages dans un vase en céladon craquelé. La deuxième, assise de l’autre côté de la table sur laquelle est posé le bouquet, est vêtue d'une tunique aubergine doublée de vert émeraude. Les mains jointes, elle semble encore absorbée par la lecture du livre qu’elle vient d’interrompre et dont on lit distinctement le titre, Kim Vân Kiêu. Composé au début du XIXe siècle par Nguyên Du (1765-1820), ce célèbre poème vietnamien relate les vicissitudes de la belle Kiêu qui se verra contrainte de sacrifier sa vertu pour sauver sa famille. "Plus de trois mille vers qui montrent l'âme vietnamienne dans toute sa sensibilité, sa pureté, son abnégation", autant de qualités qui sont l'essence même de l'œuvre de Mai-Thu et font de notre tableau, un chef-d'œuvre de sa maturité. 

 

Vente Arts d'Asie, Jeudi 26 Octobre, 14h30 à l'Espace Tajan et sur Tajan Live - Lot 211