Tajan célèbre le centenaire de Pierre Soulages

Nous sommes heureux de vous annoncer la vente d’un chef d’œuvre de 1960 de Pierre Soulages : Peinture, 200 x 162 cm, 14 mars 1960. Cette œuvre estimée 4 000 000 à 6 000 000 € sera proposée pour la première fois aux enchères le mercredi 27 novembre.

Peinture, 200 x 162 cm, 14 mars 1960 illustre de façon saisissante le changement qui s’opère dans l’œuvre de Pierre Soulages à l’aube des années 60 alors qu’il s’impose comme l’une des figures majeures de sa génération. Elle est un superbe exemple de la technique de raclage initiée par l’artiste à la fin des années 50. Sur la toile enduite d’un apprêt blanc, de larges bandes de peinture noire viennent recouvrir une partie de la surface. Et c’est à l’aide de brosses que Soulages découvre ensuite une partie du fond, laissant apparaître la couche ocre sous-jacente dans un jeu de transparences offrant ainsi une infinie variation de couleurs aux luminosités inattendues.

Cette œuvre magistrale a été exposée à de nombreuses reprises, dès sa création. En 1960, à la Galerie de France tout d’abord puis dans la rétrospective itinérante, capitale dans la diffusion de l’œuvre de Pierre Soulages en Europe, organisée par Werner Schmalenbach. Plus récemment, elle a été dévoilée lors de l’exposition consacrée à Soulages au Musée national d'art moderne/Centre Pompidou, Soulages en 2009-2010. 

Peinture, 200 x 162 cm, 14 mars 1960 est également exceptionnelle par sa provenance prestigieuse. En effet, elle a été acquise par James Johnson Sweeney, ancien conservateur au MoMA et alors directeur du Guggenheim à New York, dès son année de création et est depuis lors restée dans la même famille. Depuis leur  rencontre à Paris en 1948, les deux hommes ont lié de forts liens d’amitié et Sweeney a largement contribué à la reconnaissance de Pierre Soulages outre-Atlantique.

Au premier abord, l’œuvre de Pierre Soulages s’impose sur un mode frontal. L’idée est importante dans ce contexte artistique qui voit l’émergence de l’abstraction gestuelle : sa peinture n’a rien de lyrique. Elle se distingue des démarches adoptées par ses collègues et amis de l’abstraction française, Hans Hartung, Georges Mathieu, Gérard Schneider, des premiers travaux de Jean Degottex ou de l’expressionnisme abstrait américainJames Johnson Sweeney emploie cette heureuse formule à son sujet : "une peinture de Soulages, ça n’est pas une mélodie, c’est l’accord plaqué sur le clavier et tenu"(1). En effet, Soulages cherche à "ôter à la ligne le signe de mouvement"(2).
 

James Johnson Sweeney est connu pour ses activités de critique d'art mais plus encore d'historien d'art et conservateur. Né à Brooklyn de famille d'origine irlandaise (Comté du Donegal), James Johnson Sweeney maintiendra tout au long de sa vie ces liens avec l'Europe. Après avoir passé son baccalauréat à l'Université de Georgetown, il part étudier la littérature au Jesus College de Cambridge. Tout comme son père qui était collectionneur, il se constituera très jeune sa propre collection d'œuvres d'art. Puis, se fera rapidement connaître en écrivant des comptes rendu d'expositions pour des journaux ou comme organisateur d'expositions. Dès 1930, il fait partie du Conseil International du Museum Of Modern Art (MoMa), où il organisera sa première exposition dès 1935 (African Negro Art). Jusqu'à la guerre en 1939, il vit beaucoup entre Paris et Dublin, puis rentre à New-York et devient le conseiller de la galerie Art of this Century de Peggy Guggenheim. Il continue également d'organiser de nombreuses expositions pour le MoMa. où il est conservateur jusqu'à 1946. Après la mort de Solomon R. Guggenheim en 1952, fondateur du Guggenheim Museum, James Johnson Sweeney prendra en 1954 la direction de l'institution, encore dénommée jusque-là Museum on Non Objective Art , dont il va profondément révolutionner l'espace muséographique pour favoriser la lecture et mise en valeur des œuvres (murs blancs et décadrage systématique des œuvres). Il y restera jusqu'à sa démission en 1960. Il fut également un des membres fondateur de l'AICA (Association Internationale des Critiques d'Art) en 1949, qu'il présida durant les premières années de création. En 1961, il acceptera à la demande de Dominique de Ménil de prendre la direction du musée des Beaux-arts de Houston, dont il modifie tout autant la présentation des œuvres. Durant sa carrière, James Johnson Sweeney s'efforça de défendre le modernisme et l'abstraction tout en renforçant les liens culturels et artistiques entre les Etats-Unis et l'Europe.(3)

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Photo 1 : Pierre Soulages dans son atelier

Photo 2 : Gare de Westport, Irlande. 1967. Colette et Pierre Soulages, Laura et James Johnson Sweeney
 

(1) James Johnson Sweeney, Soulages, éditions Ides et Calendes, 1972

(2) Françoise Jaunin, Noir lumière, entretiens avec Pierre Soulages

(3) Centre Pompidou/MNAM-CCI/Bibliothèque Kandinsky, Fonds James Johnson Sweeney