BERNARDINO SCAPI, DIT BERNARDINO LUINI (VERS 1480-1532)
LA VIERGE À L'ENFANT AVEC LE JEUNE SAINT JEAN-BAPTISTE
Panneau transposé sur toile
Porte des inscriptions au revers du châssis "Appartenant au Comte Louis de Sartiges / 3 place d'Iena / Paris 16"
Restaurations anciennes
Cadre italien du XIXe siècle
The Holy Family with young John the Baptist, canvas, transposed panel, with restorations
84 x 66 CM - 33,1 x 26 IN.

  • Notes: PROVENANCE
    - Ancienne collection du Baron Henri de Triqueti.
    - À sa fille, Blanche Lee Childe, née Triqueti, jusqu'en 1886.
    - Vente Lee Childe, Paris, Hôtel Drouot, Me Chevallier (expert Feral), 4 mai 1886, n° 6 (Luini, 1 450 F).
    - Vente anonyme, Paris, Tajan, 26 juin 1998, n° 10 (Luini, 380 000 F).
    BIBLIOGRAPHIE
    Cristina Quattrini, Bernardino Luini. Catalogo generale delle opere, Turin, 2019, cité p. 422 sous le n° C 3 (notre tableau a été assimilé, par erreur, au tableau de la collection Carlo Henfrey).
    Nous remercions Cristina Quattrini d'avoir confirmé l'attribution d'après une photo numérique en octobre 2025.
    Après avoir été formé dans le cercle d'artistes lombards tels qu'Ambrogio Bergognone, Bramantino, ou Bernardo Zenale, Bernardino Luini devient l'un des principaux disciples de Léonard de Vinci à Milan. Il reçoit des commandes de cycles pour des églises de cette région, par exemple à San Maurizio al Monastero Maggiore, travaille ensuite à la chartreuse de Pavie et pour diverses églises de Varèse et de Côme. Il conjugue l'influence de Léonard aux motifs lombards traditionnels dans des compositions équilibrées et élégantes, caractéristiques de la Haute Renaissance.
    Habile narrateur comme fresquiste, il est aussi capable de réaliser des portraits et des œuvres de dévotion de moyen format, comme la nôtre, pour des particuliers. Nous pouvons comparer notre tableau avec d'autres Saintes Conversations datées vers 1520-1525 : la Vierge à l'Enfant avec un ange, dite Madone de Menaggio (Paris, musée du Louvre, 80 x 58 CM, Fig. 1) [1], La Vierge à l'enfant avec saint Jean-Baptiste (Londres, National Gallery, 88,3 x 66 CM), ou celle de la collection Liechtenstein à Vienne (83 x 66 CM). L'harmonie des couleurs délicates du vêtement qui se détache du fond sombre, la lumière vaporeuse et le très léger sourire sont une parfaite affirmation de l'héritage de Léonard [2].
    Commandée à Léonard de Vinci en mai 1484 par une confrérie laïque pour la chapelle de l'Immaculée Conception de San Francesco Grande à Milan, La Vierge aux Rochers (musée du Louvre) a probablement été cédée vers 1 500 à un proche de la cour de France [3]. Le départ du panneau contraint alors l'artiste à réaliser avec ses élèves une seconde rédaction presque identique (Londres, National Gallery, Fig. 3). C'est cette version, demeurée en place, dont s'inspirent les artistes.
    L'œuvre peint de Léonard de Vinci est très réduit ; on compte seulement quinze peintures religieuses et cinq portraits, longuement mûris et réfléchis, et qui ont chacun marqué l'évolution de l'art occidental. La demande était très forte pour ces images révolutionnaires à l'époque. Son atelier et ses élèves à Milan réalisaient des répliques de ses tableaux à divers stades de leur exécution. On connaît des dizaines de reprises de la Sainte-Anne, du Rédempteur ou de la Vierge aux rochers.
    À l'inverse, Luini ne copie pas, il interprète le retable du maître. Il occulte la grotte et le paysage mais garde ce qui fait la force de l'original : la composition pyramidale, symbole d'élévation, décomposée en une triangulation très savante, le rapport psychologique entre les figures, la spiritualité du groupe grâce à une approche subtile du sfumato et des visages empreints de douceur et de mélancolie. Il retient aussi l'aspect vivant des bébés, appuyé sur une observation précise de leur anatomie, contrairement aux représentations médiévales qui les réduisaient à des adultes miniatures. Les boucles de cheveux blonds retombant doucement sur le front ou les épaules et le bijou-fermoir de la Vierge sont directement tirés du prototype de Léonard. Cette idéalisation des visages est contrebalancée par le naturalisme du modelé et la précision quasi-scientifique des espèces végétales, révélant l'harmonie de la Nature et de la Création. A gauche, un iris bleu, symbole marial, annonce la douleur de la Vierge, percée du glaive dont il évoque la forme. En haut à droite, les primevères jaunes sont associées au renouveau du printemps et à la Résurrection. Dans la main du Jésus, un lys blanc évoque la pureté et le signe de la royauté.
    Notre tableau est l'original perdu dont nous connaissons deux autres répliques : l'une au Museo Parrocchiale de Busto Arsizio et la seconde anciennement dans la collection Carlo Henfrey [4]. Une copie de notre tableau, vers 1600, est passée en vente à San Francisco, les 28-29 septembre 2014, n° 3000.
    [1] notons la présence marquée d'un iris, comme dans notre toile.
    [2] Citons encore la Vierge à l'enfant entourée de saint Georges et d'un ange musicien, de l'ancienne collection Cook, vers 1530, vente à Paris, Hôtel Drouot, Aguttes, le 14 novembre 2019 (Fig. 2).
    [3] Tableau qui passe très vite dans la collection royale, acquis par Louis XII ou François Ier.
    [4] Quattrini, 2019, op. cit, p. 422.


    After training in the circle of Lombard artists such as Ambrogio Bergognone, Bramantino, and Bernardo Zenale, Bernardino Luini became one of Leonardo da Vinci's main disciples in Milan. He received commissions for cycles for churches in the region, such as San Maurizio al Monastero Maggiore, then worked at the Carthusian monastery in Pavia and for various churches in Varese and Como. He combined Leonardo's influence with traditional Lombard motifs in balanced and elegant compositions characteristic of the High Renaissance.
    Storyteller as a fresco painter, he was also capable of producing medium-format portraits and devotional works, such as ours, for private patrons. We can compare our painting with other Holy Conversations dated around 1520-1525 : the Virgin and Child with an Angel, known as the Madonna of Menaggio (Paris, Louvre Museum, 80 x 58 CM, Fig. 1) [1], The Virgin and Child with Saint John the Baptist (London, National Gallery, 88.3 x 66 CM), or the one in the Liechtenstein Collection in Vienna (83 x 66 CM). The harmony of the delicate colours of the garments clothing, which stands out against the dark background, the soft, vaporous light, and the very faint smile perfectly embody Leonardo's legacy [2].
    Commissioned from Leonardo da Vinci in May 1484 by a lay brotherhood for the Chapel of the Immaculate Conception in San Francesco Grande in Milan, The Virgin of the Rocks (Louvre Museum) was probably sold around 1500 to a close associate of the French court [3]. The departure of the panel forced the artist to produce a second, almost identical version with his pupils (London, National Gallery, Fig. 3). It is this version, which remained in place, that inspired later artists.
    Leonardo da Vinci's painted work œuvre is very limited ; there are only fifteen religious paintings and five portraits, each of them long conceived and pondered, and each having significantly influenced the evolution of Western art. Demand for these revolutionary images was very high at the time. His studio and his students in Milan produced replicas of his paintings at various stages of their execution. There are dozens of known copies of Saint Anne, The Redeemer and The Virgin of the Rocks.
    By contrast, Luini does not copy, he interprets the master's altarpiece. He obscures the cave and the landscape but retains what gives the original its strength : the pyramidal composition, symbolising elevation, deconstructed into a highly sophisticated triangular scheme ; the psychological relationship between the figures ; and the spirituality of the group, achieved through a subtle use of sfumato and faces imbued with gentleness and melancholy. He also retains the lifelike appearance of the babies, based on a precise observation of their anatomy, unlike medieval representations, which reduced them to miniature adults. The curls of blond hair falling gently on the forehead or shoulders and the Virgin's jewelled clasp are taken directly from Leonardo's prototype. This idealisation of the faces is counterbalanced by the naturalism of the modelling and the almost scientific precision of the plant species, revealing the harmony of Nature and Creation. On the left, a blue iris, a Marian symbol, heralds the Virgin's sorrow, pierced by the sword whose shape it evokes. At the top right, yellow primroses are associated with the renewal of spring and the Resurrection. In Jesus' hand, a white lily evokes purity and the sign of royalty.
    Our painting is the lost original, of which we know of two other replicas : one at the Museo Parrocchiale in Busto Arsizio and the second formerly in the Carlo Henfrey collection [4]. A copy of our painting, dating from around 1600, was sold in San Francisco on 28-29 September 2014, no. 3 000.
    [1] Note the prominent presence of an iris, albeit yellow, as in our painting.
    [2] Another example is the Virgin and Child surrounded by Saint George and a musician angel, from the former Cook collection, circa 1530, sold in Paris, Hôtel Drouot, Aguttes, on 14 November 2019 (Fig. 2).
    [3] A painting that passed very quickly through the royal collection, acquired by Louis XII or Francis I.
    [4] Quattrini, 2019, op. cit., p. 422.

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