Lot 225
CABINET D'APRÈS UN MODÈLE D'ANDRÉ-CHARLES BOULLE, PAR HENRY DASSON, 1883
en placage de palissandre et bois clair, marqueté à décor de filets de réserves et frises de fleurons. Il ouvre à un vantail en partie haute et un tiroir en ceinture. Piètement en gaine à fond plein réuni par une tablette d'entretoise, supporté par des pieds toupies torses. Riche ornementation de bronzes dorés tels que: frise d'oves feuillagés, feuilles d'acanthe alternées de palmes, enfants souffleurs, réserve avec au centre Louis XIV en Hercule, griffes feuillagées, masques de femme, triglyphes, têtes de bélier feuillagées.
Signé Henry Dasson et daté 1883 sur la réserve centrale en bronze
(Restaurations d'usage)
A Henry Dasson rosewood and light wood veneered cabinet after a model by A.-C. Boulle, signed and dated 1883.
HAUT. 181,5cm - LARG. 82,5cm - PROF. 47cm • 71 1/2 X 32 1/2 X 18 1/2 IN.
€ 35,000-50,000
La production mobilière du dernier quart du XIXesiècle se caractérise par un genre nouveau: les copies de meubles royaux ou d’autres chefs-d’œuvre du XVIIIesiècle français. Les ateliers parisiens dirigés par Henry Dasson et Beurdeley, qui se consacrent à la fois à la fabrication des bronzes et de l’ébénisterie en travaillant selon les principes traditionnels, en sont les premiers grands spécialistes. Fervents continuateurs de l’excellence des ateliers de l’Ancien Régime, leur œuvre de copistes peut être perçue comme une démonstration de leurs talents bien que ces répliques ne soient pas toujours identiques et révèlent souvent une volonté de personnalisation, sinon de perfectionnement. L’évolution de ces deux maisons permet d’identifier les éléments déterminants dans le développement de la copie, aboutissant à la reconstitution des chefs-modèles de bronze, outils fondamentaux dans le processus de reproduction. Ce genre nouveau fut ainsi motivé par le goût et le négoce des meubles et objets anciens mais aussi initié par le quatrième marquis d’Hertford qui passa commande d’un ensemble important de copies. Avec la IIIeRépublique, l’ouverture au public des palais et la délivrance de permis spécifiques stimulent la réalisation des copies. Néanmoins, ces autorisations délivrées aux fabricants, ne permettaient pas la réalisation de surmoulage et témoignent de la difficulté de cette entreprise. Exportées et transposées, elles deviennent elles-mêmes modèles, symboles universels du meuble de luxe français.
D'abord formé comme "sculpteur, bronzier", Henry Dasson avait repris dès 1867 les ateliers de Carl Dreschler (mort avant 1873). C'est certainement ainsi qu'il put récupérer des chefs-modèles de bronzes qui avaient servi à la fabrication des copies du marquis d’Hertford à partir de moulages constitués d’empreintes (aussi désignées comme estampage) prises à la cire (ou gélatine) sur les originaux. De cette production on connaît notamment une commode réalisée en 1881 d'après celle d'André-Charles Boulle conservée à Petworth, et conservée dans une collection particulière qui témoigne de la volonté de Dasson de se surpasser. À l’Exposition universelle de 1878, Henry Dasson présente sa propre copie du bureau du roi, qui fait sensation.
S’il choisit alors de présenter un bureau du roi, qu’il signe en dessous du nom de Riesener, c’est pour démontrer que la qualité de son œuvre pouvait rivaliser avec celle des ateliers du XVIIIesiècle, et ce malgré l’abolition des corporations et le développement d’une industrie du meuble "à bon marché". À l’époque du progrès industriel répond un culte des artisans de l’Ancien Régime, érigés en exemple à travers leurs chefs-d’œuvre.
Cette aspiration vaut à Henry Dasson de flatteuses critiques à l’Exposition de 1878: "Celui-ci est un revenant du XVIIIesiècle, c’est quelque habile artiste d’alors dont l’âme et le goût, par un avatar mystérieux, se sont introduits dans une enveloppe nouvelle. Il a […] la tradition de l’école, les finesses de l’outil, l’harmoni
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Notes:
La production mobilière du dernier quart du XIXesiècle se caractérise par un genre nouveau: les copies de meubles royaux ou d’autres chefs-d’œuvre du XVIIIesiècle français. Les ateliers parisiens dirigés par Henry Dasson et Beurdeley, qui se consacrent à la fois à la fabrication des bronzes et de l’ébénisterie en travaillant selon les principes traditionnels, en sont les premiers grands spécialistes. Fervents continuateurs de l’excellence des ateliers de l’Ancien Régime, leur œuvre de copistes peut être perçue comme une démonstration de leurs talents bien que ces répliques ne soient pas toujours identiques et révèlent souvent une volonté de personnalisation, sinon de perfectionnement. L’évolution de ces deux maisons permet d’identifier les éléments déterminants dans le développement de la copie, aboutissant à la reconstitution des chefs-modèles de bronze, outils fondamentaux dans le processus de reproduction. Ce genre nouveau fut ainsi motivé par le goût et le négoce des meubles et objets anciens mais aussi initié par le quatrième marquis d’Hertford qui passa commande d’un ensemble important de copies. Avec la IIIeRépublique, l’ouverture au public des palais et la délivrance de permis spécifiques stimulent la réalisation des copies. Néanmoins, ces autorisations délivrées aux fabricants, ne permettaient pas la réalisation de surmoulage et témoignent de la difficulté de cette entreprise. Exportées et transposées, elles deviennent elles-mêmes modèles, symboles universels du meuble de luxe français.
D'abord formé comme "sculpteur, bronzier", Henry Dasson avait repris dès 1867 les ateliers de Carl Dreschler (mort avant 1873). C'est certainement ainsi qu'il put récupérer des chefs-modèles de bronzes qui avaient servi à la fabrication des copies du marquis d’Hertford à partir de moulages constitués d’empreintes (aussi désignées comme estampage) prises à la cire (ou gélatine) sur les originaux. De cette production on connaît notamment une commode réalisée en 1881 d'après celle d'André-Charles Boulle conservée à Petworth, et conservée dans une collection particulière qui témoigne de la volonté de Dasson de se surpasser. À l’Exposition universelle de 1878, Henry Dasson présente sa propre copie du bureau du roi, qui fait sensation.
S’il choisit alors de présenter un bureau du roi, qu’il signe en dessous du nom de Riesener, c’est pour démontrer que la qualité de son œuvre pouvait rivaliser avec celle des ateliers du XVIIIesiècle, et ce malgré l’abolition des corporations et le développement d’une industrie du meuble "à bon marché". À l’époque du progrès industriel répond un culte des artisans de l’Ancien Régime, érigés en exemple à travers leurs chefs-d’œuvre.
Cette aspiration vaut à Henry Dasson de flatteuses critiques à l’Exposition de 1878: "Celui-ci est un revenant du XVIIIesiècle, c’est quelque habile artiste d’alors dont l’âme et le goût, par un avatar mystérieux, se sont introduits dans une enveloppe nouvelle. Il a […] la tradition de l’école, les finesses de l’outil, l’harmonie des couleurs; le secret des dorures" (Falize 1878, p.606).
Il s’installe en 1876 au 106 rue Vieille-du-Temple en tant que "fabricant d’ameublement".
Notre cabinet témoigne de la virtuosité de cet ébéniste, tant au plan technique qu'artistique; ce joli meuble en placage de palissandre et de bois clair d'une belle sobriété accueille une ornementation en bronze à l'effigie de Louis XIV en Hercule dont le poncif n'est autre que celui figurant sur le cabinet attribué à André-Charles Boulle daté des années 1690-1710 et conservé au musée du Louvre avec quelques petites nuances. Il conserve la forme originale du meuble et de nombreuses similitudes mais adopte un placage de palissandre et bois clair en lieu et place d'une marqueterie dite Boulle.
Bibliographie
Camille Mestdagh, Les copies à l’ère des premières Expositions universelles: les œuvres de Dasson et de Beurdeley, "un XVIIIe qui continue de vivre"
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