Lot 45
HENRI LAURENS (1884-1954)
LA TERRE - L'EAU, 1937
Deux bas-reliefs en terre-cuite
Signés du monogramme de l'artiste et numérotés "5/6" en bas à droite
Two terracotta reliefs; signed with the artist's monogram and numbered "5/6" lower right
60,5 X 86 cm ; 64 X 86 cm • 23 7/8 X 33 7/8 IN. ; 25 1/4 X 33 7/8 IN.
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Notes:
PROVENANCE
Galerie Louise Leiris, Paris
Acquis auprès de cette dernière par l'actuel propriétaire
BIBLIOGRAPHIE
Paris, Galerie Louise Leiris, Henri Laurens (1885-1954) : 60 terres cuites, 26 mai - 25 juillet 1998, reproduits en couleurs sous les nos 48 et 49, (n.p.)
EXPOSITIONS
Paris, Galerie Louise Leiris, Henri Laurens (1885-1954) : 60 terres cuites, 26 mai - 25 juillet 1998, reproduits en couleurs sous les nos 48 et 49 du catalogue de l’exposition
Brême, Gerard-Marcks-Haus, Henri Laurens. Daughters of the waves, 30 septembre 2018 au 13 janvier 2019
"C'est alors que le thème du nu féminin sous toutes ses variantes va évincer la nature morte, sujet favori de son premier cubisme. Le thème de la femme va être étroitement associé à la nature, l'eau, le feu, ceux de la nature morte ou de la guitare subsistent exclusivement en sculpture destinée à l'intérieur.
Parallèlement, ce changement de l'iconographie en fonction du lieu entraîne, très progressivement, l'abandon du cubisme. Si celui-ci s'harmonisait parfaitement avec l'architecture urbaine, il contrastait durement au sein de la nature. Ainsi, l'art dans la ville ou dans la maison privilégia assez tard, jusqu'en 1930, le cubisme, tandis que transplanté en plein air, ou coordonné avec les éléments - fontaine pour Saint-Cloud (1929), plaques de cheminée pour les Noailles (1930) et Helena Rubinstein (1932) - il entraînait une modification importante du style.
Les formes corporelles de la Femme à la draperie (1927) sont traitées avec plus de naturalisme, non sans une lourdeur exagérée des volumes. On sent là l'amorce nouvelle d'une fascination qui ne quittera plus l'œuvre de Laurens pour la femme mythologique, successivement Vénus callipyge, déesse "mère" ou de la fertilité, néréide ou sirène. Souvent, ces avatars féminins correspondent à la fonction architecturale de l'œuvre. La femme au bras levé, sujet privilégié des fontaines, rappelle les porteuses d'eau antiques, tandis que des néréides accompagnent la caravelle de Christophe Colomb, monument conçu pour l'ambassade de France à Ottawa (1938). Au cours des années 30, la femme, dans la sculpture architecturale de Laurens devient donc une entité symbolique d'une médiation entre les Éléments, le Cosmos et l'Art.
Les hauts-reliefs La Terre, L'Eau, Le Jour ou la Vie, La Nuit ou la Mort, réalisés pour le Pavillon de la manufacture de Sèvres et le Palais de la Découverte à l'exposition internationale des Arts et Techniques (1937) confirment magistralement cette démarche amorcée en 1927."
Gladys Fabre in cat. exp., Henri Laurens : rétrospective, Lille, LAM, 12 décembre 1992-12 avril 1993, Réunion des musées nationaux, Paris : 1992, pp. 66-67
À partir des années 1920, Henri Laurens s’éloigne du cubisme et s’adonne à des thèmes plus antiques. Le sculpteur met l’accent sur le corps - plus particulièrement le nu féminin - en créant des femmes agenouillées aux bras levés, partiellement couvertes d’une draperie à l’antique s’inspirant du peplos grec. Les femmes deviennent son sujet de prédilection et sa production devient plus figurative. Les courbes et les arrondis viennent remplacer les formes géométriques même si l’influence cubiste reste prégnante.
"Ces nus féminins aux mouvements simples, aux formes amplifiées en vue d’un effet monumental, dont Henri Laurens va développer la formule, notamment dans les œuvres décoratives (…) ce domaine qu’il découvre là, (il) le prospecte encore ; chaque jour il y fait quelques découvertes, en cherchant, avec son admirable scrupule, à fixer, pour son usage personnel, le canon des déformations permises. Il veut trouver le point où la beauté monumentale, résultant d’un savant équilibre de volumes, s’accommode d’un naturalisme qui dépasse l’imitation littérale et puise librement dans le concret, les formes dont il a besoin. C’est là, de toute évidence, un art de création, et non d’imitation passive : l’art qui projette la lumière dont le foyer se trouve en lui-même."
Les bas-reliefs La Terre - L’Eau sont bien figuratifs, mais Laurens y applique les codes du cubisme. Les jambes et les bras sont modelés avec rondeur, mais on retrouve la stylisation géométrique dans le traitement du ventre, des seins presque inexistants figurés par deux cercles, ou encore de la chevelure ciselée typique de Laurens. Ces sculptures peuvent être rapprochées notamment de la Femme agenouillée à la draperie qui reprend les mêmes méthodes. Exécutés en 1937, ces deux bas-reliefs s’inscrivent donc dans la continuité des premières recherches de l’artiste sur le nu féminin dans les années 1920.
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