JOHANN FRIEDRICH OVERBECK (Lübeck, 1789 - Rome, 1869)
L'ANNONCIATION
Toile
Monogrammé et daté au centre "FO. / 1820" (les lettres F et O liées) ; porte une étiquette ancienne au revers du cadre "T. 27"
Restaurations anciennes
Cadre autrichien, probablement d'origine
The Annunciation, canvas, monogrammed and dated in the centre ‘FO. / 1820’ (F and O linked); bears an old label on the reverse of the frame ‘T. 27’. With restorations
79 x 51,50 CM - 31,1 x 20,3 IN
Nous remercions le Prof. Dr. Michael Thimann de la Georg-August-Universität à Göttingen, spécialiste de l’artiste et auteur de la monographie (2014), de nous avoir confirmé l’attribution de ce tableau à Overbeck, sur la base d’une photographie numérique en janvier 2025 et d’avoir souligné le lien de notre tableau avec celui de Peter von Cornelius conservé à Munich.

  • Notes: PROVENANCE
    Toujours resté dans la famille par descendance :
    - Commandé à l'artiste en 1815 par Friedrich Ernst Carl Fromm (1776-1846), conseiller supérieur de la cour d'appel du grand-duché de Mecklembourg-Schwerin, livré en 1820 ;
    - Collection de sa fille Bertha Fromm (1819-1905). Elle épouse le prof. Dr. Friedrich Hermann Stannius le 1er octobre 1841 à Rostock ;
    - Collection de sa fille Bertha Stannius (1844-1915). Elle épouse Hermann Ernst Christian Förster le 28 mai 1874 à Rostock ;
    - Collection de sa fille Margarete Auguste Sophie Emma Johanna Förster (1878 - ?). Elle épouse Geoorg Willibald Gustav Adolf Franz Bernhard, baron von Vietinghoff-Scheel le 2 octobre 1897 à Göttingen ;
    - Collection de sa fille Ilse Bertha Valeska baronne von Vietinghoff-Scheel (1899-1990). Elle épouse Hellmuth Heinrich Hermann Ernst Castorf le 5 décembre 1925 à Cassel ;
    - Collection de sa fille Ilse Marianne Hedwig Castorf (1933-2018) ;
    - Collection de son fils ;

    BIBLIOGRAPHIE
    - Lettre d'Overbeck à ses parents et à son frère, datées du 8 juin 1820 et du 30 mai 1823 (voir Thimann op. supra., notes 136 et 138) ;
    - V. Jent, Emilie Linder 1797-1867. Studie zur Biographie der Basler Kunstsammlerin und Freundin Clemens Brentanos, Berlin, 1970, pp. 28, 30 et 54 (peinture perdue) ;
    - Catalogue de l'exposition I Nazareni a Roma, Rome, Galerie Nationale d'Art Moderne, 22 janvier - 22 mars 1981, cité sous le n° 69 (peinture perdue citée par Jent) ;
    - M. Thimann, Overbeck und die Bildkonzepte des 19 Jahrhunderts, Ratisbonne, 2014, pp. 253-255 (tableau perdu).

    DÉCOUVERTE D'UNE ŒUVRE INÉDITE,
    RESTÉE DANS LA FAMILLE DU COMMANDITAIRE

    La découverte de cette œuvre inédite, citée dans la correspondance de Johann Friedrich Overbeck et restée dans la famille du commanditaire depuis l'origine, constitue une émouvante réapparition tant les tableaux de cet artiste sont peu nombreux. Notre tableau date des premiers temps du courant Nazaréens, lorsque ce mouvement est le plus innovant et qu'Overbeck en est le chef de file. Plus généralement, les œuvres des Nazaréens sont presque absentes du marché de l'art, puisque quasiment toutes sur fresques ou conservées dans des musées allemands (L'un des seuls tableaux d'Overbeck passé en vente publique en 2001, est proposé sur le marché à la TEFAF en 2023 puis est acquis par le Metropolitan Museum of Art de New York en 2024.).

    Commandée en 1815 par le président du tribunal de Rostock, Friedrich Fromm (ill. 1), notre œuvre était conservée jusqu'en 1992 avec le tableau de Peter von Cornelius, Les Trois Marie au tombeau (toile, 63,2 x 75,2 cm), acquis en 1992 par la Neue Pinakothek de Münich (commandée en 1815, livrée en 1822).

    Notre composition n'était jusqu'à présent connue que par trois œuvres graphiques de l'artiste :
    Le carton préparatoire de 1815, livré avec le tableau à Friedrich Fromm par l'intermédiaire des parents d'Overbeck (acquis par le Museum Behnhaus Drägerhaus de Lübeck en 1991, ill. 2) ;
    Un dessin à la pierre noire, daté 1814 (acquis auprès de l'artiste en 1831 par Emilie Linder et aujourd'hui au Kupferstichkabinett de Bâle, ill. 3) ;
    Et une aquarelle de 1816-1817 (donnée par l'artiste à Hermann Nolte et aujourd'hui au Museo Nacional de San Carlos, au Mexique).
    Sur ces deux derniers dessins, L'Annonciation constitue la partie gauche d'un diptyque avec La Visitation à droite.
    Ces dessins montrent un vase avec le lys au centre, un pavement et un paysage différents. Sur la toile (notre tableau), l'artiste a supprimé le vase (un repentir) et a ajouté la tige fleurie dans la main gauche de Gabriel. Il a aussi changé la couleur du vêtement de Joseph.
    Enfin, notre tableau a été lithographié à Hambourg en 1822. Ces dessins témoignent du long et précieux travail d'Overbeck considérant ses œuvres comme des révélations poétiques et spirituelles.

    LA COMPOSITION
    Cintrée à la manière des retables italiens, notre Annonciation propose une synthèse mêlant avec virtuosité des éléments gothiques et Renaissance, s'inspirant autant des maîtres italiens que de ceux de l'école du Nord. L'espace est étagée sur plusieurs plans.
    Au premier plan, une loggia, fermée par une colonnade ornée de chapiteaux corinthiens, abrite la scène religieuse, évoquant les modèles flamands tel que la Vierge au Chancelier Rolin de Jan Van Eyck, rapprochement renforcé par les lignes de fuite du pavement géométrique au sol. Elle est surmontée d'une voûte à croisée d'ogives dont les nervures convergent en son centre.
    Sur la gauche, selon les principes de la perspective albertienne du Quattrocento, on découvre un portique dorique, un puits équipé d'une poulie, suivi d'un bas-côté d'église avec un campanile (mur-clocher) dans son prolongement. L'édifice religieux présente un balcon en console, inspiré des architectures des primitifs du Trecento tels qu'on en voit chez Giotto ou Duccio.
    La construction de l'espace se poursuit par une balustrade, au-delà de laquelle quelques marches mènent à un jardin évoquant l'Hortus Conclusus médiéval, symbole de la virginité de Marie tré du Cantique des Cantiques : " Tu es un jardin clos, une source scellée ". Au centre de ce parterre, saint Joseph apparaît en jardinier, arrosant des fleurs décrites avec une précision digne d'une enluminure : roses (symbole de la Conception Immaculée), ancolies, violettes, iris et muguet.
    Plus loin, au-delà d'une clôture en bois, un paysage lacustre alpestre est bordé de bâtiments du Moyen Âge : un beffroi à colombages et de l'autre côté de la rive, une église gothique avec son toit en forme de flèche. À droite, les murailles d'un château médiéval sur un escarpement rocheux, ne sont pas sans rappeler l'aquarelle d'Albrecht Dürer, la Vue de la vallée de l'Arco (musée du Louvre).
    Les figures s'inspirent des maîtres de la Renaissance florentine et ombrienne, de la manière douce du Pérugin, du Pinturicchio à travers plusieurs sources. L'archange Gabriel, en posture de révérence, porte une branche de lys, symbole de la pureté de la Vierge. Marie était en train de lire au moment de l'annonce de l'envoyé de Dieu et son visage est empreint d'une douce expression d'humilité. Le visage de la Vierge a été mis en place dès 1811 par Overbeck dans son tableau Madone devant le mur (panneau, 30,6 x 23,2 cm) de 1811 (ill. 4, conservé au Museum Behnhaus Drägerhaus de Lübeck, Inv.-Nr. Gm 296). Dans le ciel, la colombe du Saint-Esprit est discrètement intégrée, en parfait alignement vertical avec saint Joseph. L'ensemble est plongé dans une lumière douce, égale, cristalline, caractéristique du Quattrocento. La limpidité du ciel et la forme des nuages rappellent Bellini, Cima da Conegliano, ou les Raphaël peints vers 1500.

    LE MOUVEMENT NAZAREEN
    En 1809, Overbeck et Franz Pforr s'opposent à l'esthétique néoclassique telle que l'avait définie Winckelmann. Ils font sécession contre l'enseignement qui leur est prodigué à l'Académie de Vienne et fondent avec d'autres artistes la Guilde de Saint-Luc (Lukasbund). La même année, ils s'installent à Rome. Ils se convertissent au catholicisme et prennent le nom de " Nazaréens ". (Issu d'une famille protestante, Overbeck se convertit au catholicisme en 1813.) Ils sont rejoints par Philipp Veit, Peter von Cornelius, Julius Schnorr von Carolsfeld, Friedrich Wilhelm Schadow et quelques autres. Leur but est de regénérer la peinture en revenant à la pureté originelle de l'art chrétien des primitifs, du Quattrocento, en étudiant les œuvres de Dürer et celles de la première période de Raphaël, avant 1507, en Ombrie et à Florence.
    A l'exemple de Fra Angelico, ils souhaitent exprimer des sentiments purs, réconcilier l'Ideal et la Réalité. Ils habitent au monastère abandonné de San Isidoro sur le Monte Pincio, se nomment frères entre eux, chacun vivant et travaillant dans une cellule de moine, ce qui constitue la première association de peintres des Temps modernes.
    Après la mort prématurée de Pforr en 1812, Overbeck reste seul leader. Après l'arrivée de Cornelius en 1811, la fraternité reçoit la commande de décoration des fresques du palais de Jacob Salomon Bartholdy, consul général de Prusse (aujourd'hui exposées à la Alte Nationalgalerie de Berlin) et ensuite du pavillon de chasse du prince Francesco Massimo, toujours en place au Latran à Rome. Après 1818, la, plupart des membres de la confrérie sont chacun amenés à diriger une académie allemande, à l'exception d'Overbeck, qui malgré des sollicitations semblables, choisit de rester à Rome. Il peint les deux manifestes du groupe, le célèbre Italia et Germania (1811-1829, Munich, Neue Pinakothek, ill. 4), et le Triomphe de la Religion dans les Arts (1840, Francfort, Städel Museum).
    Notre toile a influencé le jeune Julius Schnorr von Carolsfeld (1794 - 1872) dans La famille de Saint Jean-Baptiste visitant la famille du Christ de 1817 (Gemäldegalderie, Dresde) et dans sa propre Annonciation de 1818 (Alte Nationalgalerie, Berlin, ill. 5) qui montrent des solutions plastiques assez semblables à celles d'Overbeck.
    Commandée en 1815, sur la base d'un dessin, notre toile constitue un témoignage exceptionnel dès débuts du courant Nazaréen par son protagoniste majeur.


    DISCOVERY OF AN ORIGINAL WORK,
    REMAINED IN THE FAMILY OF THE COMMISSIONER

    The discovery of this previously unknown work, mentioned in Johann Friedrich Overbeck's correspondence (see Jent and Thimann) and kept in the commissioner's family from the outset, is a moving reappearance, given the scarcity of paintings by this artist. Our painting dates from the early days of the Nazarene movement, when it was at its most innovative and Overbeck was its leader. More generally, works by the Nazarenes are almost non-existent on the art market, since they are almost all on frescoes or in German museums.
    Commissioned in 1815 by Friedrich Fromm, President of the Court of Rostock, our work was kept until 1992 with Peter von Cornelius's painting The Three Marys at the Tomb (canvas, 63.2 x 75.2 cm), acquired in 1992 by the Neue Pinakothek in Munich (commissioned in 1815, delivered in 1822).
    Until now, our composition was known only through three graphic works by the artist:
    The preparatory carton of 1815, delivered with the painting to Friedrich Fromm through Overbeck's parents (acquired by the Museum Behnhaus Drägerhaus in Lübeck in 1991, ill. 2). See Thimann, op.cit. note 137;
    A drawing in black chalk, dated 1814 (acquired from the artist in 1831 by Emilie Linder and now in the Kupferstichkabinett in Basel, ill. 3);
    And a watercolour dated 1816-1817 (given by the artist to Hermann Nolte and now in the Museo Nacional de San Carlos, Mexico.
    In these last two drawings, The Annunciation forms the left-hand part of a diptych with The Visitation on the right.
    These drawings show a vase with a lily in the centre, a different pavement and a different landscape. On the canvas (our painting), the artist has removed the vase (a sign of repentance) and added the flowering stem in Gabriel's left hand. He also changed the colour of Joseph's garment.
    Finally, our painting was lithographed in Hamburg in 1822. These drawings illustrate Overbeck's long and invaluable work, which he regarded as poetic and spiritual.

    THE COMPOSITION
    Arched in the style of Italian altarpieces, our Annunciation is a virtuoso blend of Gothic and Renaissance elements, inspired as much by the Italian masters as by those of the Northern School. The space is laid out on several levels.
    In the foreground, a loggia, enclosed by a colonnade adorned with Corinthian capitals, houses the religious scene, evoking Flemish models such as Jan Van Eyck's Virgin and Chancellor Rolin (Musée du Louvre), a connection reinforced by the receding lines of the geometric paving on the floor. It is surmounted by a ribbed vault whose ribs converge at its centre.
    On the left, following the principles of the Albertian perspective of the Quattrocento, we see a Doric portico, a well equipped with a pulley, followed by a church aisle with a campanile (bell tower wall) in its extension. The church building features a console balcony, inspired by the architecture of the Trecento primitives such as Giotto and Duccio.
    The construction of the space continues with a balustrade, beyond which a few steps lead to a garden reminiscent of the medieval Hortus Conclusus, a symbol of Mary's virginity taken from the Song of Songs: 'You are a walled garden, a sealed spring'. In the center of this flowerbed, Saint Joseph appears as a gardener, watering flowers described with the precision of an illuminator: roses (symbolising the immaculate conception), columbines, violets, irises and lily of the valley.
    Further on, beyond a wooden fence, an alpine lakescape is lined with buildings from the Middle Ages: a half-timbered belfry and, on the other side of the bank, a Gothic church with its spire-shaped roof. To the right, the walls of a medieval castle on a rocky escarpment are reminiscent of Albrecht Dürer's watercolour View of the Arco Valley (Musée du Louvre).
    The figures are inspired by the masters of the Florentine and Umbrian Renaissance, the gentle manner of Perugino and the Pinturicchio, from a variety of sources. The archangel Gabriel, in a reverent posture, carries a branch of lily, symbolizing the Virgin's purity. Mary was reading when God's messenger was announced, and her face is marked by a gentle expression of humility. The Virgin's face was introduced as early as 1811 by Overbeck in his painting Madonna before the Wall (panel, 30.6 x 23.2 cm) from 1811 (ill.4, kept at the Museum Behnhaus Drägerhaus in Lübeck). The dove of the Holy Spirit is discreetly integrated into the sky, in perfect vertical alignment with Saint Joseph. The whole painting is bathed in a soft, even, crystalline light, characteristic of the Quattrocento. The limpidity of the sky and the shape of the clouds are reminiscent of Bellini, Cima da Conegliano and the Raphaels painted around 1500.

    THE NAZARENE MOVEMENT
    In 1809, Overbeck and Franz Pforr rejected the neoclassical aesthetic as defined by Winckelmann. They seceded from the teaching they received at the Vienna Academy and, together with other artists, founded the Guild of St Luke (Lukasbund). The same year, they moved to Rome. They converted to Catholicism and took the name 'Nazarenes'. Overbeck came from a Protestant family and converted to Catholicism in 1813. He was joined by Philipp Veit, Peter von Cornelius, Julius Schnorr von Carolsfeld, Friedrich Wilhelm Schadow and others. Their aim was to regenerate painting by returning to the original purity of early Christian art in the Quattrocento period, studying the works of Dürer and those of Raphael's first period, before 1507, in Umbria and Florence. Following the example of Fra Angelico, they wanted to express pure feelings and reconcile the Ideal with Reality. They lived in the abandoned monastery of San Isidoro on Monte Pincio and called each other brothers, each living and working in a monk's cell - the first association of painters in the Modern Age.
    After Pforr's untimely death in 1812, Overbeck remained the sole leader. After the arrival of Cornelius in 1811, the brotherhood was commissioned to decorate the frescoes in the palace of Jacob Salomon Bartholdy, Prussian consul general (now on display at the Alte Nationalgalerie in Berlin) and then the hunting lodge of Prince Francesco Massimo, still in place at the Lateran in Rome. After 1818, most of the members of the brotherhood were appointed to head a German academy, with the exception of Overbeck, who, despite similar requests, chose to remain in Rome. He painted the group's two manifestos, the famous Italia and Germania (1811-1829, Munich, Neue Pinakothek, ill. 5), and the Triumph of Religion in the Arts (1840, Frankfurt, Städel Museum).
    Our painting influenced the young Julius Schnorr von Carolsfeld (1794-1872) in The Family of Saint John the Baptist Visiting the Family of Christ of 1817 (Gemäldegalderie, Dresden) and in his own Annunciation of 1818 (Alte Nationalgalerie, Berlin), which show plastic solutions quite similar to those of Overbeck.

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27 mars 2025 14:00 CET
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