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Natures mortes, scènes sacrées et élégances modernes

Tableaux & dessins anciens

Vente mardi 16 juin, 18h

 

Landry Orizet, responsable du département des tableaux et dessins anciens, a le plaisir d’annoncer sa prochaine vacation « Tableaux anciens », qui se tiendra le mercredi 16 juin à 18h chez Tajan à Paris. Cette sélection met à l’honneur un ensemble d’œuvres révélant la richesse des écoles européennes du XVIe au XIXe siècle, à travers des compositions variées allant de la peinture religieuse à la scène de genre, en passant par la nature morte.

Parmi les pièces présentées, figure Nature morte au bouquet de fleurs, fruits, coquillage, gobelet de porcelaine, luth et pièces d’orfèvrerie de François Habert (actif en France au milieu du XVIIe siècle), aux accents décoratifs affirmés, illustrant un goût pour les compositions riches et détaillées, dont l’estimation est comprise entre 30 000 et 50 000 €.

L’un des temps forts de la vacation repose toutefois sur une scène religieuse représentant une Vierge à l’Enfant avec le petit saint Jean Baptiste devant un rideau bleu de Cornelis van Cleve (1520-1567), qui séduira l’œil averti des collectionneurs par sa qualité d’exécution, son caractère expressif et sa lisibilité, et dont l’estimation s’élève entre 150 000 et 200 000 €.

L’ensemble est complété par des œuvres du XIXe siècle dont Le Bal de James Tissot (1836-1902), apportant une touche d’élégance et de modernité à cette sélection, avec une estimation comprise entre 30 000 et 50 000 €.

 

François Habert

 

François HABERT (Actif en France au milieu du XVIIe siècle)
Nature morte au bouquet de fleurs, fruits, coquillage, gobelet de porcelaine, luth et pièces d’orfèvrerie
Toile. Signé et daté en bas à gauche sur l’entablement “Franciscus. Habert. f. / 1652.”
Restauration anciennes
135 x 165 CM

30 000/50 000 €

 

 

Peu de documents d’archives nous sont parvenus sur la vie de ce peintre de fleurs et de fruits. Probablement d’origine flamande, il aurait réalisé son apprentissage dans l’atelier anversois de Jan Davidsz de Heem avant de s’installer à Paris où on le sait actif autour des années 1643-1652. Il fut probablement collaborateur de Jean-Michel Picart qui, dans sa correspondance avec Matthjis Musson, mentionne ses affaires avec « Monsieur Habert » et, par conséquent, marchand de tableaux. Ses œuvres sont mentionnées à deux reprises, une première fois dans l’inventaire des collections de Philippe de Champaigne, comme une « guirlande de fleurs du sieur Habert » acquise pour 100 livres, et une seconde fois dans l’inventaire de tableaux de Monsieur Charles Tardif, secrétaire du Maréchal de Boufflers.

Ses œuvres dévoilent une sensibilité et une grande variété iconographique, témoignant de sa proximité avec le style sobre et élégant des peintres de la réalité, notamment de Sébastien Stoskopff, et d’une inspiration flamande, dont celle de Pieter van Boucle, qui vivait lui aussi à Paris. La densité de la composition rappelle la richesse des œuvres de son maître Jan Davidsz de Heem. Figurant de somptueux objets, ce tableau est comme une fenêtre ouverte sur l’opulence du XVIIe siècle à la cour de Louis XIV.

L’aiguière orfévrée, emblématique de la riche orfèvrerie du XVIIe siècle, peut être rapprochée de celle représentée sur la tenture des Maisons Royales réalisée par la Manufacture des Gobelins pour ce dernier d’après des cartons de Lebrun, et conservée au Château de Chambord. Le luth, placé en retrait de la composition, est mis en valeur par de délicats reflets sur sa surface vernie. L’instrument sert de fond pour le nautile, dont la surface nacrée accroche la lumière et guide le regard vers une porcelaine chinoise, qui ajoute à la richesse et au raffinement de la composition.

 

 

Cornelis van Cleve

 

Cornelis VAN CLEVE (Anvers, 1520-1567)
Vierge à l’Enfant avec le petit saint Jean Baptiste devant un rideau bleu
Panneau de chêne
63,80 x 51,20 cm

150 000/200 000 €

 

 

Notre panneau est un précieux témoignage de l’introduction de la Haute Renaissance italienne en Flandres. La composition s’inspire d’un modèle de Andrea del Sarto, la Madonne Corsini, très populaire au XVIe siècle, aujourd’hui perdue, mais connue par diverses copies [1]. Si l’origine du motif est florentine, son interprétation par Cornelis van Cleve est anversoise et témoigne d’une sensibilité flamande : la clarté des contours, l’organisation harmonieuse des figures et l’attention portée aux effets décoratifs s’éloignent du sfumato italien pour privilégier une lecture plus précise et structurée. Frappé de troubles mentaux vers 1550, Cornelis cessa de peindre peu après, et son œuvre fut longtemps confondue avec celle de son père Joos van Cleve (1485-1541).

Dès 1943, l’historien d’art Max Jacob Friedländer reconstituait un premier corpus de notre artiste [2], le séparant de celui de son père. Il insistait sur son italianisme, sans forcément qu’il ait accompli un voyage dans la Péninsule, de nombreux modèles ultramontains circulant à Anvers à l’époque. Il reproduisait une autre version de notre composition, avec un paysage d’arbres avec un ciel bleu derrière le rideau [3]. Une autre reprise avec des nuages derrière le dais est conservée au Chrysler Museum of Art [3], intégrant notamment un soubassement arrondi également présent dans notre œuvre. Notre version est la plus belles parmi celles connues. Lors de sa vente à Zurich en 2024 elle a été décrite alors comme par l’atelier de Cornelis van Cleve sur consultation du spécialiste John Hand, un avis qu’il avait donné sur photographie. Depuis le panneau a été nettoyé, ce qui a révélé sa très haute qualité digne d’un maître, et nous avons réinterrogé ce spécialiste.

 

[1] John Sherman, Andrea del Sarto, Oxford, Clarendon Press, 1965, n°32, pp. 217-119.
[2] Vente à Vienne, Dorotheum, 27 avril 2013, n°566 ; et vente à Paris, Artcurial, 26 novembre 2024, n°14.
[3] MJ Friedländer, Nachtträgliches zu Cornelis van Cleve, dans Oud Holland, LX, 1943, pp. 7-14 ; Early Netherlandish Painting, IXa, 1972, pp. 44, 49-50, 72-74.
[4] Donation the Irene Leache Memorial collection, inv. no. 2014.3.4

 

 

James Tissot

 

James TISSOT  (Nantes, 1836 – Chenecey-Buillon, 1902)
Le Bal
Toile d’origine. Dédicacé et signé en bas à droite “A l’ami Pierre (?) / J. Tissot” ;
porte une inscription au crayon au revers du châssis “Hotel de Paris 22 / J. Tissot n° 5194”
65 x 40,50 CM

30 000/50 000 €

 

 

Notre tableau est une première pensée peinte vers 1868-1869 que Tissot ne développera que dix ans plus tard pour Le Bal, qu’il expose à la Grosvenor Gallery en 1878 sous le titre The Evening, conservé au Musée d’Orsay (fig. 1) et ensuite pour L’Ambitieuse (Albright Knox Art Gallery, Buffalo), réalisée vers 1883-1884 (fig. 2). On connait un dessin préparatoire à notre esquisse où l’on retrouve les stries noires sur le bas de la robe qui marquent les plis (vente à Paris, Hôtel Drouot, étude Dumousset-Deburaux, le 2 juin 1995, n°115).

Entre notre esquisse et le tableau d’Orsay, l’artiste recentre sa composition sur la jeune femme vue de trois-quarts, éliminant le sol et le rideau de gauche. Il accentue la rotation du corps et le faux-cul de la robe digne de Worth, dont la couleur passe du bleu au jaune. L’éventail à plumes d’autruche devient un accessoire de séduction plus affirmé. Le décorum évolue : le grand vase chinois en porcelaine bleu est ôté à droite, et l’entrée de la salle où la foule commence à arriver est plus ouverte. Le regard de la jeune femme fixe moins le spectateur et se détourne nettement des invités.

Dans L’Ambitieuse, le mouvement s’accentue. La robe rose présente une tournure encore plus volumineuse et la femme fait désormais face à la foule plus dense. L’intérieur est plus luxueux et le rideau de velours encadre la scène, marquant la rupture entre l’ombre du privé et la pleine lumière du public. Cette œuvre a été gravée à l’eau-forte par l’artiste. Le modèle a été identifié successivement comme Kathleen Newton puis Lady Mary Craven mais l’artiste ne connaissait ni l’une ni l’autre au moment de la réalisation de la réalisation de notre peinture.

Les deux compositions achevées s’inscrivent bien dans la peinture victorienne, caractérisée par l’effusion de riches détails ornementaux. Notre toile présente une plus grande simplicité et spontanéité et se rapproche ainsi des premières recherches impressionnistes, notamment celles des proches amis de James Tissot, Edouard Manet (les tons de gris et bleu de la robe) et Edgar Degas (le cadrage rythme de verticales), voire une immédiateté proche de Berthe Morisot et Eva Gonzalès.

 


Fig 1. The Evening


Fig 2. L’Ambitieuse

 


 

TABLEAUX & DESSINS ANCIENS

Mardi 16 juin, 18h
Tajan, 37 rue des Mathurins, 75008 Paris

 

 

Contacts

 

Landry Orizet
Responsable
+33 1 53 30 30 46
[email protected]

Ariane de Miramon
Communication & Marketing
+33 1 53 30 30 68
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