Enzo Meglio
Tajan a le plaisir de vous inviter à découvrir les toutes nouvelles peintures d’Enzo Meglio. Un univers vibrant et inspirant à retrouver dès cette nouvelle saison dans nos espaces d’exposition. Chez Tajan à partir du 10 septembre.
La Lecture au condamné
Huile sur toile
117 x 190 cm
« « Tu en étais arrivé où ?
– Au moment où Clarissa s’échappe de la maison de rendez-vous. »
Cosimo se mit à feuilleter le livre et puis : « Ah, oui, voilà. Donc… » il se mit à lire à voix haute. » – Italo Calvino, Le Baron perché, 1960.
Le Baron perché initie le brigand Gian dei Brughi à la lecture. C’est dès lors une inépuisable source de divertissement pour un homme qui s’ennuyait des mois durant à attendre que la Justice l’oublie. Devenu bon lecteur Gian dei Brughi oublie d’être bon brigand et sa dernière cavale ne dure pas longtemps. Son arrestation le prive de la liberté de lire, à son très grand regret.
Cosimo décide alors de faire la lecture à son ami, tout d’abord à travers les barreaux de la geôle de Gian puis depuis les cimes près de son gibet. Les derniers émois du brigand sont pour les aventures d’un de ses pairs, le criminel Jonathan Wild, dont il partage le funeste destin. Cette touchante amitié se fonde sur un élan commun à lire dans les arbres, ou à s’entendre raconter des histoires lorsque c’est l’autre qui a le livre en main.
Traverser la ville par les arbres
Huile sur toile
15 x 15 cm
« Ombrosa n’existe plus. Quand je regarde le ciel vidé, je me demande si elle a vraiment existé. » – Italo Calvino, Le Baron perché, 1960.
Tout trajet qu’entreprend Cosimo, même celui à la destination insignifiante, prend un air d’épreuve. Lire le Baron perché invite à lever les yeux vers les arbres pour y imaginer un chemin bis à celui de notre quotidien. Il semble souvent impossible d’aller loin en ne comptant que sur les branches. La géographie de Cosimo doit donc être bien différente de la nôtre tant ses voyages, et leurs décors feuillus, ne rencontrent jamais d’impasse.
La Dispute
Huile sur toile
37 x 37 cm
« Elle tint parole. Elle ne revint plus à Ombrosa. […] Puis vint le moment de la violence destructrice : il s’en prenait à un arbre après l’autre, il commençait par le sommet, arrachait les feuilles une à une, en un rien de temps, à la manière des chenilles, il le laissait nu comme en hiver, même si ce n’était pas un arbre à feuilles caduques. » – Italo Calvino, Le Baron perché, 1960.
La perte de Viola Violante d’Ondariva terrasse Cosimo. Leur amour tumultueux prend définitivement fin lorsqu’elle s’exile loin de leur région natale, là où aucun chemin de cimes ne lui permet de la suivre. Il écorce alors ses perchoirs. Ce décor comme après une tempête est le reflet d’un esprit esseulé qui réalise que si une simple clairière le sépare d’un être aimé alors il le perd à jamais.
Le Baptême du chat
Huile sur panneau
150 x 70 cm
Ou comment a disparu sous les dunes le village de Tremenac’h dans le pays Pagan. Deux enfants jouent un tour à un prêtre aveugle. Ils lui demandent de baptiser leur petit frère mais lui présentent en vérité leur chat. Un miaulement fait comprendre au prêtre sa méprise. Fou de rage, l’homme de Dieu frappe d’anathème les jeunes enfants et leur village, condamné à l’ensablement.
Source :
Le récit du Baptême du chat est associée au site archéologique d’Iliz-Koz, paroisse et nécropole médiévale de Tremenac’h, commune de Plouguerneau. Légende évoquée dans Le Léon : Histoire et géographie contemporaine, Louis Élégoët (dir.), 2007.
Recoudre les pommes à l’arbre
Huile sur toile
116 x 90 cm
L’Histoire du Vieux, de la Vieille, du Pois et du Haricot raconte comment un couple âgé, grimpant des plants de légumes démesurés, atteint un lieu édénique. L’être divin qui y vit accueillent ces visiteurs à condition qu’ils ne tentent pas de cueillir les fruits de son jardin. Ils désobéissent et tous les fruits d’un pommier tombent à terre. Pour cacher leur méfait ils recousent toute la nuit durant, en vain, les fruits aux branches à l’aide de leurs mèches de cheveux.
Source bibliographique :
Histoire du vieux, de la vieille, du pois et du haricot, conte lithuanien, trouvé dans Les Contes des quatre vents, Natha Caputo.
Les plans de Cosimo et de son oncle
Huile sur toile
15 x 15 cm
« Ils se donnaient rendez-vous sur certains arbres bas ; [son oncle] y grimpait avec un escabeau, les bras chargés de rouleaux de dessins ; et ils discutaient pendant des heures des développements toujours plus complexes de l’aqueduc. » – Italo Calvino, Le Baron perché, 1960.
Cosimo et son oncle observent le tracé d’un projet d’irrigation de leur invention. Cette collaboration, qui ne sera finalement pas mise en oeuvre, rapproche pourtant les deux personnages. Cosimo découvre ainsi que son parent, d’un caractère secret, est passionné d’apiculture et d’hydraulique, et qu’il s’isole en tournant son regard vers ses ruches ou vers ses plans d’ingénierie. J’ai souhaité respecter la pudeur de ces deux reclus. À la distance que lui impose cette peinture le spectateur n’entend pas leur discussion.

Huile sur toile
60 x 72 cm

Huile sur toile
60 x 72 cm

Huile sur toile
60 x 72 cm
« Cosimo voulu qu’on lui apportât des moutons ou des agneaux et il les attacha lui-même aux branches. […] Lui aussi s’habilla en mouton […] et il se mit à attendre la nuit à la belle étoile sous les arbres. » – Italo Calvino, Le Baron perché, 1960.
Entouré de moutons et déguisé en l’un d’eux, Cosimo attend l’arrivée des loups. Patient stratège lors de cette longue chasse, le Baron perché s’inspire peut-être d’Ulysse fuyant la grotte de Polyphème sous les bêtes de son troupeau. Fier de n’être plus parmi les autres, en bas, Cosimo en abandonne la façon de raisonner au profit d’une ruse et d’une créativité originales. Il prouve ici que s’élever dans les cimes permet de mieux voir le monde et de n’être jamais surpris par les Terriens. Plus tôt dans le livre il déclamait à deux passants : « De là-haut, vous semblez tous un peu petits ».
Le Basset et le champ de blé
Huile sur toile
32 x 40 cm
« Ottimo Massino s’élança dans le pré et comme s’il avait rajeuni, il courait à toute allure. Du frêne sur lequel il était perché, Cosimo se mit à le siffler, à l’appeler : « Ici, reviens ici, Ottimo Massimo ! Mais où vas-tu ? », mais le chien ne lui obéissait pas, […] il courait, il courait dans le pré, jusqu’à ce qu’on ne vit qu’une lointaine virgule, sa queue, et celle-ci aussi disparut. » Italo Calvino, Le Baron perché, 1960.
Le chien qu’avait adopté le Baron perché sent au loin un parfum familier, celui de sa première maitresse. Sa fidélité n’est d’un coup plus à Cosimo et retourne à ce lointain souvenir. Il s’élance en sa direction, ce qui ouvre entre le jeune garçon et son cher basset un vide infranchissable.
Le Départ de la course
Huile sur toile
100 x 100 cm
« Tous ces hidalgos, toutes ces dames conservaient, même dans les inévitables incommodités de leur séjour, des attitudes habituelles et composées. Certains hommes, pour rester à cheval sur les branches, utilisaient des selles […] » – Italo Calvino, Le Baron perché, 1960.
Découvrant qu’il n’est pas le seul à vivre dans les arbres Cosimo rencontre des hommes à qui rien ne manque de l’apparat du cavalier si ce n’est le cheval. Dérivé d’un monde où tout peut être transposé dans les cimes, comme l’imagine Italo Cavino, cette peinture propose d’y déplacer aussi le portrait équestre. Descendants des nobles espagnols que croisent Cosimo, des jockeys ont à coeur de conserver leurs traditions, par principe, et surtout sans s’interroger sur l’immobilité qu’elles leur imposent.
La tête du Major Streiter dans la penderie
Huile sur panneau, 2024
30 x 30 cm
Lors d’une nuit d’iconoclasme un homme vandalise la statue d’un modèle politique. Emportant la tête du monument avec lui, Allen Purcell la dissimule dans la penderie de son appartement. Sa découverte par la compagne du vandale, le lendemain du délit, est comme l’irruption d’un fantastique sévère au cœur du quotidien. Source bibliographique : Philip K. Dick, The Man who Japed, 1956.
Gennaro lisant tendrement une lettre de sa mère
Huile sur panneau, 2024
20 x 30 cm
Cet homme n’a pas pris la peine de s’asseoir pour décacheter la lettre qu’il a reçu de sa mère. De cette dernière il ne connaît pas la véritable identité, s’étant jusqu’à très tard cru orphelin. Il reçoit régulièrement ces lettres anonymes qui l’emplissent de joie. Le spectateur de cette peinture, s’il se réfère au drame de Victor Hugo dont elle s’inspire, sait hélas que la mère de Gennaro est en réalité une femme qu’il hait, Lucrèce Borgia. Ce tableau, cependant, maintient l’illusoire tendresse de ce jeune homme. Source bibliographique : Victor Hugo, Lucrèce Borgia, 1833
Glimmung échoué
Huile sur toile, 2025
85 x 100 cm
Des scientifiques se sont associés dans le but de restaurer une civilisation perdue au fond d’un océan. A la tête de cet effort se trouve un être fantastique, Glimmung, qui appartient à ce milieu marin. Cette quête est donc pour lui surtout une sauvegarde de son lieu de vie et de son héritage culturel. L’entreprise essuie cependant un revers : Glimmung défaillit sous le poids de l’effort titanesque qu’exige son dessein. Cela laisse les scientifiques démunis face à l’océan qui engloutit ce monumental atlante. Source bibliographique : Philip K. Dick, The Galactic Pot-Healer, 1969
Le choix des planches
Huile sur panneau, 2025
90 x 50 cm
Au coeur d’un épisode de crue fantastique, inondant une vallée et obligeant ses habitants à se replier dans les hauteurs, plusieurs radeaux doivent être bâtis afin de braver les eaux. Il s’agit donc de choisir puis de répartir les planches qui serviront à ces embarcations. Source bibliographique : Jean Giono, Batailles dans la montagne, 1937
La pousse du pois et du haricot
Huile sur panneau, 2024
30 x 30 cm
Un couple âgé surprend un matin leur coq grattant la terre, y trouvant des graines de pois et de haricot. Le vieil homme abandonne cette maigre récolte à même le sol de sa maison qui est soudain le théâtre de la croissance surnaturelle de ces plants. Ils soulèvent la table à manger, percent le toit de la maison et ne cessent de s’élever qu’après avoir ouvert une voie naturelle vers les cieux. Source bibliographique : Histoire du vieux, de la vieille, du pois et du haricot, conte lithuanien, trouvé dans Natha Caputo, Les Contes des quatre vents, 1975.
ENZO MEGLIO
Nouvelles peintures
Exposition à partir du 10 septembre 2025
Tajan, 37 rue des Mathurins, 75008 Paris
Contact
Katia Besnier
+ 33 1 53 30 30 18 – [email protected]