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Luini, Labille-Guiard, Fragonard, Müller, Waters… en vente le 17 décembre

 

Tableaux & dessins anciens

17 décembre 2025 à 18h

 

À l’occasion de notre prestigieuse vente de Tableaux et Dessins Anciens qui se tiendra le 17 décembre chez Tajan à Paris, Thaddée Prate, directeur du département et Landry Orizet, commissaire-priseur, dévoilent une sélection d’œuvres majeures.

Cette vacation mettra à l’honneur l’art du portrait, avec notamment un délicat Portrait de la Vierge à l’Enfant et saint Jean de Bernardino Luini (1440-1532) estimé 200 000 / 300 000 €. Les amateurs pourront également découvrir une importante collection de portraits du siècle de Louis XIV réunissant aristocrates et membres de la famille royale, parmi lesquels Louis XIV, Louis XV, Colbert, Saint-Simon, Mademoiselle de Blois ou encore le duc du Maine. Ce bel ensemble totalise une estimation comprise entre 180 000 et 250 000 €. Un charmant portrait en miniature, doté de seize micas permettant son travestissement, sera proposé pour une estimation de 2 500 € / 3 500 €.

Un rare Autoportrait de Labille-Guiard éminente peintre française du XVIIIᵉ siècle, reconnue pour son talent de portraitiste et son engagement en faveur des femmes artistes sera proposé pour une estimation de 300 000 / 500 000 €. Tandis qu’une remarquable Jeune femme à la lyre, ou Une Muse (?),  parfois dit Mademoiselle Colombe du peintre Jean-Honoré Fragonard sera proposée pour une estimation comprise entre 400 000 / 600 000 €.

Le XIXᵉ siècle sera également représenté, avec un portrait équestre de Napoléon III signé Charles-Louis Müller et un imposant portrait en pied de la comtesse de Galliffet accompagné de son fils, peint par Émile Waters. La nature et la chasse occuperont elles aussi une place privilégiée : une corbeille de fruits d’Isaak Soreau, un paysage de Herman van Swanevelt, une suite de quatre toiles consacrées à la chasse à courre par Henri Auguste d’Ainecy de Montpezat, ainsi qu’une grande paire de toiles figurant des chiens par Christophe Huet, viendront enrichir notre belle vacation.

Le public pourra en outre admirer une œuvre signée Jacob Bunel, artiste très rare sur le marché, représentant un groupe de musiciens dans un intérieur (40 000 / 60 000 €). Enfin, un ensemble dédié au thème de la marine offrira un voyage visuel à travers les siècles ; depuis les scènes portuaires des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles jusqu’aux œuvres sur papier du peintre de la Marine, Marin-Marie, en passant par les mers tourmentées de la période romantique.

 

 

 

Adélaïde Labille-Guiard

 

Adélaïde LABILLE-GUIARD (Paris, 1749 – 1803)
Autoportrait
Pastel, 62 x 51 cm
Signé et daté en bas à gauche « Labille F Guiard 1782 »
Cadre d’origine

300 000 / 500 000 €

 

Adélaïde Labille-Guiard est l’une des rares femmes artistes de la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle à avoir obtenu une reconnaissance officielle sous l’Ancien Régime, au même titre que sa « rivale » Élisabeth Vigée Le Brun. Sa prestigieuse clientèle compte la bourgeoisie parisienne mais aussi les membres de la famille royale à Versailles, notamment Mesdames, tantes de Louis XVI, dont elle deviendra peintre officielle.

Après avoir étudié auprès de François Vincent, elle apprend la technique du pastel du maître incontesté du genre, Maurice-Quentin de La Tour. Elle expose notre Autoportrait au Salon de la Correspondance de 1782, avant d’être admise un an plus tard à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1783.

Dans notre brillant autoportrait, elle se présente vêtue d’une élégante robe en satin beige, affirmant son statut en portant ses attributs de peintre : une palette et des pinceaux. Le pastel, médium privilégié, confère à l’ensemble une douceur de modelé et une luminosité poudrée.

Il annonce directement son chef-d’œuvre L’Autoportrait et deux élèves (1785, Metropolitan Museum of Art, New York), exposé au Salon en 1785 qui valorise l’émancipation des femmes par l’art. Son engagement a contribué à ouvrir la voie à la reconnaissance et à la professionnalisation des femmes artistes.

 

 

 

Jean-Honoré Fragonard

Jean-Honoré FRAGONARD (Grasse, 1732 – Paris, 1806)
Jeune femme à la lyre, ou Une Muse (?),  parfois dit Mademoiselle Colombe
Toile ovale, 69 x 56 cm

400 000 / 600 000 €

 

 

 

Bernardino Luini

Bernardino Scapi, dit Bernardino LUINI (vers 1480 – 1532)
La Vierge à l’Enfant avec le jeune saint Jean-Baptiste
Toile, un panneau transposé
84 x 66 cm
Cadre italien du 19ème siècle
Porte des inscriptions au revers du châssis « Appartenant au Comte Louis de Sartiges / 3 place d’Iena / Paris 16 »
Restaurations anciennes

200 000 / 300 000 €

 

PROVENANCE
-Ancienne collection Baron Henri de Triqueti ;
-Collection de sa fille, Blanche Lee Childe née Triqueti, jusqu’en 1886 ;
-Vente Lee Childe, Paris, Hôtel Drouot (Me Chevallier ; expert Feral), 4 mai 1886, n°6 (Luini, adjugé 1 450 francs) ;
-Vente anonyme, Paris, Tajan, 26 juin 1998, n°10 (Luini, adjugé 380 000 francs).

BIBLIOGRAPHIE
-Cristina Quattrini, Bernardino Luini. Catalogo generale delle opere, Turin, 2019, cité p. 422 sous le n° C 3 (notre tableau a été assimilé, par erreur, au tableau de la collection Carlo Henfrey).

 

 

Après avoir été formé dans le cercle d’artistes lombards tels qu’Ambrogio Bergognone, Bramantino, ou Bernardo Zenale, Bernardino Luini devient l’un des principaux disciples de Léonard de Vinci à Milan. Il reçoit des commandes de cycles pour des églises de cette région, par exemple à San Maurizio al Monastero Maggiore, travaille ensuite à la chartreuse de Pavie et pour diverses églises de Varèse et de Côme. Il conjugue l’influence de Léonard aux motifs lombards traditionnels dans des compositions équilibrées et élégantes, caractéristiques de la Haute Renaissance.

Habile narrateur comme fresquiste, il est aussi capable de réaliser des portraits et des œuvres de dévotion de moyen format, comme le nôtre, pour des particuliers. Nous pouvons comparer notre tableau avec d’autres Saintes Conversations datées vers 1520-1525 : la Vierge à l’Enfant avec un ange, dite Madone de Menaggio (Paris, musée du Louvre, 80 x 58 cm, Fig.1) [1], La Vierge à l’enfant avec saint Jean-Baptiste (Londres, National Gallery, 88,3 x 66 cm), ou celle de la collection Liechtenstein à Vienne (83 x 66 cm). L’harmonie des couleurs délicates du vêtement qui se détache du fond sombre, la lumière vaporeuse et le très léger sourire sont une parfaite affirmation de l’héritage de Léonard [2].

 

[1] Notons la présence marquée d’un iris, certes jaune, comme dans notre toile.

[2] Citons encore la Vierge à l’enfant entourée de saint Georges et d’un ange musicien, de l’ancienne collection Cook, vers 1530, vente à Paris, Hôtel Drouot, Aguttes, le 14 novembre 2019 (Fig.2).

 

 

Commandée à Léonard de Vinci en mai 1484 par une confrérie laïque pour la chapelle de l’Immaculée Conception de San Francesco Grande à Milan, la Vierge aux Rochers (musée du Louvre) a probablement été cédée vers 1500 à un proche de la cour de France [3]. Le départ du  panneau contraint alors l’artiste à réaliser avec ses élèves une seconde rédaction presque identique (Londres, National Gallery, Fig.3). C’est cette version, demeurée en place, dont s’inspirent les artistes.

L’œuvre peint de Léonard de Vinci est très réduit ; on compte seulement quinze peintures religieuses et cinq portraits, longuement muris et réfléchis, et qui ont chacun marqué l’évolution de l’art occidental. La demande était très forte pour ces images révolutionnaires à l’époque. Son atelier et ses élèves à Milan réalisaient des répliques de ses tableaux à divers stades de leur exécution. On connaît des dizaines de reprises de la Sainte Anne, du Rédempteur ou de la Vierge aux rochers.

 

[3] Tableau qui passe très vite dans la collection royale, acquis par Louis XII ou François Ier.

 

 

A l’inverse, Luini ne copie pas, il interprète le retable du maître. Il occulte la grotte et le paysage mais garde ce qui fait la force de l’original : la composition pyramidale, symbole d’élévation, décomposée en une triangulation très savante, le rapport psychologique entre les figures, la spiritualité du groupe grâce à une approche subtile du sfumato et des visages empreints de douceur et de mélancolie.

Il retient aussi l’aspect vivant des bébés, appuyé sur une observation précise de leur anatomie, contrairement aux représentations médiévales qui les réduisaient à des adultes miniatures. Les boucles de cheveux blonds retombant doucement sur le front ou les épaules et le bijou-fermoir de la Vierge sont directement tirés du prototype de Léonard. Cette idéalisation des visages est contrebalancée par le naturalisme du modelé et la précision quasi-scientifique des espèces végétales, révélant l’harmonie de la Nature et de la Création. A gauche, un iris bleu, symbole marial, annonce la douleur de la Vierge, percée du glaive dont il évoque la forme. En haut à droite, les primevères jaunes sont associées au renouveau du printemps et à la Résurrection. Dans la main du Jésus, un lys blanc évoque la pureté et le signe de la royauté.

Notre tableau est l’original perdu dont nous connaissons deux autres répliques : l’une au Museo Parrocchiale de Busto Arsizio et la seconde anciennement dans la collection Carlo Henfrey [4]. Une copie de notre tableau, vers 1600, est passée en vente à San Francisco, les 28-29 septembre 2014, n°3000.

Nous remercions Cristina Quattrini d’avoir confirmé l’attribution d’après une photo numérique en octobre 2025.

[4] Quattrini, 2019, op. cit, p.422

 

 


 

TABLEAUX & DESSINS ANCIENS
Mercredi 17 décembre 2025, 18h

Tajan, 37 rue des Mathurins, 75008 Paris

 

CONTACTS

Thaddée Prate – Directeur Tableaux & dessins anciens
+33 1 53 30 30 47 – [email protected]

Landry Orizet – Commissaire-priseur
+33 1 53 30 30 46 – [email protected]

Expert : Cabinet Eric Turquin

 

Service Presse et Photo
Ariane de Miramon – Directeur Marketing & Communication
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